L'entrepreneur et le financier...
Publié il y a 8 mois par Bernard Mouton (H79) dans Organisation et Management .
L'entrepreneur veut acquérir une belle société rentable, le financier lui dit alors je vous la finance un peu avec mes capitaux un peu avec ceux que j emprunte. Je rembourserai bien avec mes dividendes.... Topons la.
Quelques temps après la dispute éclate: le financier veut des rentabilités très élevées par rapport au profit généré en contexte de crise: il faut rembourser la dette d'acquisition.
Le manager industriel qui peine dans une conjoncture et une concurrence de crise à créer du profit fait ses comptes:
J'ai du mal à générer un EBIT et avec ce résultat il faut que je rémunère le capital investi (propre et emprunté par le financier soit un intérêt et une prime de risque, je rembourse le capital emprunté par le financier, que je finance le futur de l'exploitation: investissements,recherche, ... c'est impossible avec le taux de profit généré par ma pauvre activité en guerre contre la concurrence.
Il voie donc le financier et lui dit : la société s'appauvrit. Je ne peux plus financer augmentation de BFR, recherche, investissements pour servir la dette. Je ne peux plus vous donner au moins la rentabilité du marché et des sorties d'argent fixe pour payer les dettes alors que je devrais avec cette rentabilité des affaires de plus en plus faible et aléatoire en garder une partie pour gérer et assurer l'avenir surtout en temps de crise.
D'ailleurs à la revente ce sera l'entreprise la plus apte a faire de futurs benefices dans le futur par ces produits, ces investissements, la formation de ces hommes qui se valorisera le mieux.
Le financier lui répondit : certes mais tout cela est théorique et loin. Moi il me faut des sous tout de suite, régler la dette et faire ma plus value sur le fait que l'entreprise n'a plus de dettes et que toute sa rentabilité sera après moi utilisable pour le futur par son prochain acquéreur ...
Et le pauvre entrepreneur n'eut plus d'autres solutions que de serrer les moyens pour payer et rembourser la dette d'acquisition ....
Au bout de trois ans la société n'a plus de dettes, ses produits sont obsoletes, son outil de production à bout de souffle, son chiffre d'affaires en baisse ....... COMMENT LA VENDRE ?????
C'est un peu caricatural j'en conviens mais mon propos n'est pas ici de dénigrer l'effet de levier d'acquisition ni de jeter l'opprobre sur un mode de financement très nécessaire à l'activité économique et encore moins sur le rôle des fonds d'investissements ou des banques. Il est juste de dire que l'effet de levier est un mécanisme compliqué et délicat qui peut accélérer crises et destabilisations comme il peut booster le déploiement d'une entreprise, que le dosage en est encore plus délicat en tant de crise et qu'il ne faut pas être maximaliste en cette matière.
Le TRI maximum ne peut jamais s'éloigner d'un taux de marché et d'une prime de risque raisonnable compatible avec la création de richesse qu'elle suppose pour exister.
En fait il n'est pas possible à long terme d'avoir un TRI ou un profit financier supérieur au profit global moyen opérationnel généré par ladite activité. Cette rentabilité opérationnelle ne peut servir à rembourser dettes d'acquisition et financer évolution de besoins de fonds de roulement, recherche développement, investissement de production..., On ne peut de dégager un TRI par effet de levier supérieur au profit moyen généré dans le temps par l'activité que l'on finance. Tout n'est affaire que de répartition de profit..
Mon propos est juste d'évoquer ce problème qui devra trouver une solution pour éviter les crises dans un contexte de réduction des rentabilités et profits, de concurrence de plus en plus dure, de durée de vie des produits de plus en plus courtes, d'investissements de plus en plus lourds. La crise nous pose la question et nous impose une réflexion sur
LE FINANCEMENT DURABLE .
Les TRI conduisent aujourd'hui à des raisonnements d'investissement financier court terme qui mobilisent une partie de la richesse créée qui devrait servir à assurer le long terme. Elle les utilise pour maximiser un profit financier d'investisseur à court terme. Là aussi, l'objet n'est pas de dénigrer ce profit justifié au moins partiellement par la prise de risque et l'activité de l'investisseur. Quel équilibre trouver entre toutes ces exigences?
Jusqu'où peut on utiliser pendant plusieurs années l'essentiel du profit à rembourser une dette d'acquisition au détriment des moyens de production ou de recherche et développement sans appauvrir l'entreprise dans la durée?
La généralisation des financements d'acquisition par des fonds réalisant des opérations à court terme 3/5ans avec levier est un véritable problème face à une situation de crise et cette mécanique n'est elle pas aussi génératrice de faiblesse ou parfois d'appauvrissement?
