L'Economiste et le Financier (suite)
Publié il y a 8 mois par Bernard Mouton (H79) dans Business et valeurs .
L'excellent commentaire de Bernard Hendricks sur mon mot précédent m'inspire quelques reflexions complémentires, ( qui n'ont pour but ni d'etre critiques à l'égard de la finance et de ses intervenants, ni d'etre definitives sur process et solutions de crises) mais juste d'essayer de comprendre un peu cretains mécanismes qui conduisent à des faits d'actualité.
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Bernard Hendricks met en lumière les modèles mathématiques qui devraient effectivement être d'une certaine aide pour l'analyse risque / profits. Je m'interroge juste sur la manière dont on alimente les modèles : faire des business plan avec des taux de croissance sur plusieurs années ( très ) supérieurs à la moyenne nationale, ne pas tenir compte de ciseaux de prix défavorables, de capacité de réaction de concurrents dans le temps ou estimer des gains de productivités qu'on sera seul à réaliser sans penser que le marche n'exercera pas une pression immédiate sur le prix de vente en contrepartie... Bref ne pas être optimiste dans l'usage des modèles.
Certes il existe des idées neuves, des nouveaux débouchés, des réorientations, des synergies qui peuvent permettre un temps des gains d'efficacité supérieurs au marché, des croissances d'activité supérieure au produit national. Cela est rare et ne dure qu'un temps dans un système concurrentiel et en général les risques sont aussi élevés, à la mesure des profits espérés. Les apprécie t-on à leur valeur ou se laisse t-on emporter par l'attrait de la perspective?
Il faut oser mais jusqu'où? Alors pour toutes les entreprises générant une activité moyenne avec un profit assez faible et qui font l'essentiel de l'activité et de la croissance nationale brute, comment les finance t-on si seules grosses rentabilités intéressent les institutions financières pour réaliser des TRI corrects?
Bernard Hendricks a raison de penser qi'il y a du travail de méthodologie et de synthèse à fournir à la suite de nombreux auteurs. Cette crise en est la preuve.
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Autre piste de réflexion: l'investissement financier suppose un côté joueur de celui qui « prend le risque » au delà de tout critère rationnel et de tout modèle. Dans l'institution financière on risque des fonds qui ne sont pas vraiment les siens, ceux du chargé d'affaire ou du comité d'investissements cela aurait il une incidence qu'il soit personnellement (fut ce faiblement ) co-investisseur dans sa decision? Par ailleurs, en période de liquidité et de relative prospérité n'a t on pas tendance à sous estimer les risques pour chercher un emploi aux disponibilités financières et donc à générer des déséquilibres à terme en prenant plus de risques? Je repense ainsi au facteur humain de la decision financière et aux propose de Thibaud de La Hosseraye. Il nous faut travailler et développer le sens critique, le sens des limites aussi qui sont indissociables de la liberté d'oser. Les limites de comportement ne pourront sûrement pas être toutes imposées par le législateur (même s'il peut aider et doit y être sensible comme nous le dit Ernault Ferrando) alors....? Dans l'investissement financier, le financier prend un risque mais il en fait prendre un aux salariés, et en partie à d'autres partenaires en chaîne en appréciant mal le risque, ... 'Nous voyons les conséquences sur le lancement de programmes d'immobilier et de tourisme (entre autres) aussi bien en Espagne qu'à Dubaî. (entre autres).........
HEC nous apprend à oser, ne faudrait il pas aussi apprendre les limites de l'audace car oser sans limites ne pose t il pas aussi des problèmes?
4 réponses
Merci Bernard pour tes remarques et compléments de réflexions.
- Tout à fait d'accord sur ta vision des modèles, de leur évolution et du rôle de l'utilisateur et de sa méthode. Il me semble que la règle d'or d'utilisation des modèles et de l'appréciation des risques est d'essayer d'être pessimiste ou de prévoir les problèmes car on a du mal a les prévoir suffisamment ainsi que leurs conséquences.
Dans mon expérience de redressement d'entreprises, lorsque j'établis budgets, business plan... je cherche plutôt à inclure les difficultés que je budgétise ainsi que le moyens de les surmonter et pas seulement à inscrire des hypothèses moyennes ou probables. Il est toujours plus facile d'avoir été trop sévère sur les difficultés prévisionnelles que de devoir rajouter des couches de rigueur imprévues, des mesures improvisées parce que la concurrence est plus rude, les produits vieillissent plus vite, la hausse des coûts des matières plus forte etc...
Je pense ainsi qu'une partie des problèmes vient de la notion de PRUDENCE dans l'évaluation du risque de l'investissement financier.
- Pour ce qui concerne l'aspect humain de l'audace qui nous entraîne parfois à la faute par l'excès d'ambition ou de confiance, je rejoins tout à fait l'idée d'oeuvrer « pour l’émergence de cette ère de maturité et de responsabilité.« comme vous le dites si bien.
Ma seule inquietude est de savoir quelle participation de la société (par l'éducation, la valorisation dans les medias des exemples de valeurs, la dévalorisation des exagérations manifestes), doive contribuer à créer un rejet social des pratiques destructrices pour l'équilibre économique et social et un encouragement des pratiques constructives. Il faut que la société mette des limites que l'appétit du pouvoir et de l'argent auront du mal à laisser s'établir par la seule évolution des mentalités humaines de business.
En revanche c'est vrai que je crois plus à l'éducation et la pression sociologique des médias et des comportements qu'au développement de l'arsenal législatif.
Tout ceci nécessite un sacré consensus et du concret dans les mesures.
Très cordialement,
Bonsoir Bernard,
Le sujet évoqué :"Par quelles actions encourager la responsabilité et la maturité" est un vaste sujet. Développer le goût, le respect et la compréhension des réalités avant de commencer à vouloir les changer, est un véritable objectif d’éducation.
Si l’on est pessimiste, deux voies courantes font apparaître de nouveaux comportements : la nécessité ("Nécessité oblige") et le mimétisme.
Si l’on est plus optimiste, on évoque l’idéal, l’adhésion à certaines valeurs, le désir d’être utile.
En réfléchissant à ce que nous avons vécu ces 20, 25 dernières années, on peut trouver certainement d’autres pistes qui ont fait leurs preuves. Je peux en évoquer une, dont j’ai beaucoup apprécié les conséquences sur les comportements dans les entreprises (au moins dans les entreprises canadiennes où j’ai pu le constater), c’est l’institutionnalisation du "perfectionnement continu" ou de "l’amélioration continue", dans les démarches "Qualité totale". Cette démarche est dans un esprit canadien, autre chose que de simples mots. Il s’agit d’une démarche porteuse de valeurs fondamentales, telles que le respect de l’engagement, la nécessité de partenariats définis, le respect de l’autre, le travail de groupe, la nécessaire mesure des choses avant de se prononcer, le management des causes, plutôt que la seule tyrannie du management par objectifs, jamais satisfait et toujours suspect d’être à la merci d’un ego assoiffé de résultats, …etc.
Cela mériterait d’être approfondi. Mais le canal des normes est certainement indirectement un canal très efficace pour changer les comportements, les cultures, les mentalités (preuve en est faite avec les démarches Qualité), en assurant des résultats positifs et quelques scories, j’en conviens. Anticiper les conséquences des changements comportementaux générés par les exigences des normes, et les orienter vers des valeurs visées, serait un objectif de "lobbying" auprès de l’organisation internationale de normalisation, basée à Genève. Question ; Qui le fait jusqu'aujourd'hui ?
Une démarche "d’amélioration continue", formalisée, structurée en processus à gérer, avec des acteurs compétents mis en place, ….est certainement un canal par lequel des valeurs fondamentales comme celles évoquées plus haut peuvent être diffusées, démultipliées et efficacement accouplées au travail quotidien de chacun. C’est une piste, en réponse à la question posée, ….mais la réflexion sur ce sujet est loin d’être épuisée.
Bien cordialement,
Bernard Hendrickx
Merci de poursuivre ainsi la réflexion sur le comportement éthique et responsable que de très nombreuses contributions appellent de leurs voeux. Je pense que tant au plan du contenu des valeurs et méthodes qu'au plan de l'influence pour développer et répandre ce changement de comportement dans le monde du management et des affaires, il y a comme tu le dits très bien une vaste place et un bel enjeu pour la communauté du groupe HEC, (de la formation au lobbying en passant par d'autres formes de présence dans des comités de normalisation, d'influence réglementaire...)
Peut être y aurait il la possibilité de dresser et suivre un plan d'action concret pour faire avancer la réflexion et le partage ou l'extension d'idées nouvelles dans ce cadre.....

Merci de votre appréciation de mon précédent commentaire.
Votre développement m’inspire quelques réflexions que je vous invite à partager. Concernant les problématiques modélisées, plusieurs idées peuvent être rappelées :
1 – Les modèles d’aide à la décision sont des outils qui ont un avantage non négligeable, ils permettent à l’instant "t", de faire la synthèse que nous leur avons apprise, d’un grand nombre de facteurs, que nous ne pouvons qu’appréhender de façon séquentielle. En ce sens, ils nous sont utiles et complémentaires. La résultante simultanée de tous les facteurs répertoriés, hiérarchisés et interférants, ne nous est accessible qu’avec les machines.
2 – L’accessibilité aujourd’hui de ces modèles, avec les générateurs de modèles disponibles, permet de mettre à l’épreuve des faits, les modèles créés ; mise à l’épreuve que nous pouvons tester, vérifier, de façon quasi permanente. Ce qui, d’un coté nous invite à l’humilité (de constater que des parties de réalité nous échappent) et d’un autre coté, nous invite à leurs perfectionnements continus. Par approches successives, des réalités même très hétérogènes, peuvent être sinon domestiquées, au moins être abordées avec une finesse de perception toujours plus instructive. En ce sens ils peuvent être des auxiliaires très utiles dans notre démarche exploratoire du réel. Ils nous obligent à structurer et déjà, sans même les faire travailler, ils nous aident ainsi à mieux communiquer ; ce que j’ai pu vérifier à plusieurs reprises.
3 – Par ailleurs, un outil est un outil. Tout est lié à l’intelligence de son utilisateur et à ses motivations. L’outil le plus simple pour jardiner, peut être détourné de sa finalité et servir à tuer. Ce qui n’est pas une raison suffisante pour dire qu’il ne convient pas pour jardiner. Comme le rappelle notre ami, Thibaud de La Hosseraye, lorsqu’il commente le rapport "Penser l’entreprise de demain. Quelle liberté, quelle éthique ?", la philosophie a bien un rôle à jouer en nous invitant à nous interroger, à être en éveil pour trier, à distinguer l’essentiel du superficiel, à hiérarchiser, à organiser, à conduire des analyses pertinentes, à discerner, à voir au de-là des apparences, à finaliser les recherches et ce, dans notre nouvel univers dans lequel se heurtent d’un coté des potentialités technologiques de plus en plus grisantes et d’un autre coté des mentalités souvent trop égocentrées, pour aborder et traiter les réalités, avec respect et maturité.
4 – Vous posez la question : Oser sans limite ? La limite me semble être celle du respect de l’autre, des autres et celui de la vérité. La recherche et le respect de la vérité nécessairement partagée, me semble justifier l’audace d’oser. Et lorsque l’autre ou les autres sont trop éclatés pour parler, pour exister, la responsabilité ne revient-elle pas au décideur, d’intégrer les exigences légitimes de l’autre ou des autres, plutôt que de profiter, voire d’exploiter leur silence obligé ?
Trop idéaliste ? Peut-être, mais ne faut-il pas "oser" des réponses pour progresser ? En ne donnant pas suite à la proposition de Mirabeau qui voulait à juste titre ajouter à la déclaration des droits de l’homme, celle de ses devoirs, nous venons de peaufiner pendant 2 siècles, la formulation des droits, sans travailler celle des devoirs. Nous vivons sans doute aujourd’hui, le paroxysme de ce déséquilibre. Il faudra bien un jour pourtant nous y attaquer, sans y voir nécessairement une atteinte aux libertés trop souvent mises en avant de façon démagogique. Appelons de nos vœux et œuvrons pour l’émergence de cette ère de maturité et de responsabilité.
Bien cordialement
Bernard Hendrickx